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Ensemble en classe!: apprendre le français passe aussi (et surtout) par le vivre-ensemble

par | 18 juillet 2025 | Actualités, Auteurs, Mayumi Shiotani

Bienvenue en Suisse! L’originalité de ce manuel, richement illustré de mangas et doté de nombreux exercices, est de favoriser le vivre-ensemble ainsi que la cohésion de la classe.
Conçu par l’enseignante de français langue seconde (FLS) Mayumi Shiotani, le manuel Ensemble en classe! vise à favoriser l’intégration des jeunes migrantes et migrants en même temps que leur apprentissage du français. Un angle pédagogique qu’elle a ancré tant dans son expérience professionnelle que dans son propre parcours.

«En venant du Japon, je viens d’une culture très éloignée du français. Au départ, cela m’a complexée, mais j’ai réalisé que ça peut être une force.» Une force dont Mayumi Shiotani s’est servie pour concevoir Ensemble en classe!, une méthode de français langue seconde (FLS) destinée aux primo-apprenant-e-s du cycle 3 et plus (13-17 ans). Son programme est d’aborder communication, grammaire, conjugaison, vocabulaire et expression orale et écrite en une année scolaire. Quant à l’angle pédagogique, il repose sur un double socle: le vécu de l’élève et la cohésion de la classe.

«Parler une langue, c’est comme changer de maison. Et ce n’est pas facile.»

La langue «comme maison»

Une approche originale, que Mayumi Shiotani justifie par son expérience auprès de ses élèves. «À mes yeux, la plupart des méthodes de FLS traditionnelles présentent beaucoup de qualités, toutefois, elles tendent à négliger le parcours des élèves.» Or, tout part de là. «Parler une autre langue, c’est comme changer de maison. Et ce n’est pas facile. Si les élèves sont heureux d’être ici, ils apprennent vite le français, quelle que soit leur langue d’origine. S’il y a de la tristesse, de la nostalgie, c’est nettement plus difficile.» Dans cette optique, la dynamique de classe est cruciale, car les élèves peuvent se motiver entre eux. Elle le résume en une phrase: «Si la classe va bien, les élèves apprennent mieux.»

Pour celle qui a enseigné le français tant au Japon qu’en classe d’accueil pendant plus de vingt-cinq ans, un constat s’est vite imposé: il n’y a pas – ou peu – de manuel spécialement conçu pour l’enseignement du FLS, et encore moins en Suisse romande. «Il en existe en France, mais ils sont principalement centrés sur la culture et la civilisation françaises, et le monde en général», explique celle qui est arrivée en Suisse romande après un mariage avec un Vaudois rencontré alors qu’elle était enseignante et traductrice à Osaka.

«Si la classe va bien, les élèves apprennent mieux.»

«Moi-même, j’ai appris le français par hasard. Dans les années 1980, je vivais à Osaka et souhaitais apprendre une autre langue. Dans mon quartier, la seule personne étrangère était une Algérienne, qui a accepté de me donner des cours de français. J’ai eu un vrai coup de foudre pour cette langue, la culture artistique, aussi, qui s’en dégageait. C’était très nouveau pour moi, et j’ai continué mon apprentissage de cette langue. Ça m’a pris dix ans.»

Mieux vivre ensemble pour mieux apprendre

À son arrivée en Suisse, c’est sa belle-sœur qui lui donne l’idée d’enseigner le français aux jeunes qui viennent de s’installer dans le pays. Elle entreprend donc des études d’enseignante à la HEP-Vaud. En 2012, quand vient l’heure d’écrire son mémoire, elle exprime à son formateur le souhait de rédiger un manuel de FLS. «Il m’a répondu ‘Mais c’est impossible! Comment pourrais-tu faire, avec l’hétérogénéité des parcours et des niveaux scolaires de chaque élève!’», se souvient Mayumi Shiotani en souriant.

Pugnace, elle n’abandonne toutefois pas son projet et s’intéresse à ce que font ses collègues pour glaner des idées. En 2018, elle prend six mois sabbatiques pour une formation complémentaire de FLE à Tokyo et entame une réflexion personnelle sur ce projet en discutant avec ses anciens collègues. Quand la crise du COVID-19 éclate en 2020, elle se dédie intensément à la rédaction. En se fondant sur son expérience professionnelle auprès de jeunes au collège de Grand-Vennes, à Lausanne, elle élabore pas à pas son manuel – un travail qui lui prendra cinq ans.

«Quand je constate les progrès de mes élèves en seulement un an, cela me remplit de fierté.»

Dans Ensemble en classe!, Mayumi Shiotani a choisi d’aborder les différentes thématiques de manière cohérente et progressive. D’abord centrées sur l’élève – se présenter, parler de son passé, de son expérience – puis, de plus en plus éloignées – échanger avec les autres, parler de son avenir. Ce qui permet de parler du parcours des élèves, dont les origines sont très variées: Amérique latine, Proche-Orient, Afrique, Asie, et, plus récemment, Pays de l’Est comme Ukraine et Russie. «Dans ces cas, comme dans d’autres, le vivre-ensemble est très important au vu du contexte géopolitique. Toutefois, même au sein de la communauté ukrainienne, un pays très vaste, on constate des différences entre les populations selon leur origine socio-économique. La cohésion n’est jamais quelque chose d’acquis.»

Quand on demande à l’autrice d’Ensemble en classe! si certaines langues entraînent plus de difficultés pour apprendre le français, sa réponse est nuancée: «Bien sûr, les langues latines sont plus proches. Mais certains hispanophones ‘minimalistes’ peuvent vite plafonner dans leur apprentissage, tandis que d’autres élèves plus éloignés linguistiquement peuvent rencontrer beaucoup de difficultés au début, notamment en phonétique, puis avoir un déclic, et maîtriser la langue mieux que les autres. Mais en comparant le japonais et le français, j’essaie aussi de leur montrer que ce n’est pas une langue si difficile à apprendre!»

En tout cas, l’enseignante ne tait pas son admiration pour ses élèves si jeunes, et qui ont, pour la plupart, déjà beaucoup vécu, notamment la séparation avec leurs proches, leurs amis, leur langue: «Ils sont extraordinaires! Quand je constate leur progrès en seulement un an, moi qui en ai mis deux pour faire une phrase en conversation, cela me remplit de fierté. Avant d’être des primo-arrivants, ou des migrants, comme on les appelle souvent, ce sont des ados. Spontanés. Adorables. Des gamins qui ont énormément de choses à dire.»

Méthode Ensemble en classe!

Destinée au cadre scolaire, la méthode «Ensemble en classe !» (A1) fonde son approche pédagogique dans les situations concrètes de la vie scolaire et quotidienne.

 

Le FLE chez LEP

Le manuel Ensemble en classe! complète l’offre des ouvrages de FLE publiés par les Éditions LEP. Destinées aux migrants de toute origine, ils offrent une introduction linguistique au français romand ainsi que des outils pour mieux appréhender la vie en Suisse et dans les pays de la francophonie.

 

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